Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Les saisons de Mary
  • : Poésie, articles (actualité, faits divers, chroniques judiciaires), essais, écris
  • Contact

Profil

  • Marylise Retureau-Labyt
  • J'ai 56 ans,je réside dans le Var (Toulon),j'aime l'actualité, l'histoire,la littérature,poésie, musique...bref,je m'intéresse à tout.Je suis fidèle en amitié même si je ne suis pas toujours présente sur le blog comme je le voudrais.
  • J'ai 56 ans,je réside dans le Var (Toulon),j'aime l'actualité, l'histoire,la littérature,poésie, musique...bref,je m'intéresse à tout.Je suis fidèle en amitié même si je ne suis pas toujours présente sur le blog comme je le voudrais.
24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 22:40

Des larmes. Celles que l’on tente de repousser cinq fois par jour depuis ce sinistre vendredi 16 octobre. Samuel Paty, 47 ans, professeur d’histoire-géographie, est mort d’enseigner et c’est insupportablement triste. Alors oui, des larmes montent, et pleurer est nécessaire, comme le sont les fleurs et les bougies déposées et allumées devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine ou ailleurs en France. Contrairement à ce que disent depuis le week-end dernier des représentants de l’extrême droite, et plus tristement de la droite, ces larmes ne sont pas de crocodile. Elles sont cette part d’humanité qui nous distingue des terroristes islamistes et qu’il est hors de question qu’ils nous volent. Oublier ces larmes, ces fleurs, ces bougies est une faute morale et politique. Donc oui, pleurer Samuel Paty, comme une participation individuelle, intime, à l’hommage qui lui a été rendu mercredi soir dans la cour de la Sorbonne. Avec ces larmes remontent des pensées où l’intime toujours, l’émotion aussi, s’entremêlent avec la raison, la politique, le combat contre le fanatisme.

 

La mort abjecte de Samuel Paty me fait penser à mon père qui enseignait l’anglais mais plus encore, aura tenté toute sa carrière d’élever au rang de citoyens éclairés, tolérants, libres, épris de justice, de fraternité, ces centaines et ces centaines d’adolescents, ces adultes en formation qui ont croisé son chemin. A l’école mais aussi dans le monde associatif et sportif, où s’apprend le vivre-ensemble. Partager, se mélanger, gagner, perdre, s’engueuler, se retrouver, respecter des règles, se respecter.

 

Comme Sophia Aram l’autre jour sur France Inter, je pense à tous mes instituteurs - pourquoi d’ailleurs avoir rayé ce joli mot de notre vocabulaire -, à tous mes professeurs, sévères, drôles, pédagogues parfois peu inspirés, souvent éclairés, justes, parfois injustes. Françoise, allemand, ouverture d’esprit ; Danièle, histoire, esprit critique ; Gilbert ; cette mademoiselle aussi sur son vélo, carottes sur le porte-bagages, dont on se moquait mais qui avait juste trente ans d’avance ; débattre, grandir, français, l’abîme d’Anne Franck, Mishima, philosophie, mal au poignet d’écrire, la caverne, les ombres qui se promènent, littérature, maximes de La Rochefoucauld, anglais, Shakespeare, cours de dessins, beauté d’une mosaïque arabe d’Andalousie ou d’un tableau de Bacon. Samuel Paty est mort d’avoir enseigné un peu de tout cela aux enfants de Conflans.

- Paul Quinio, "Libération", éditorial du 21 octobre 2020 -

 

 
 

Partager cet article

Repost0

commentaires